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Marock. Le film de tous les tabous

 
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romeosso
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MessagePosté le: 05/05/2006 18:03:31    Sujet du message: Marock. Le film de tous les tabous Répondre en citant



Sexe, alcool, argent, gros mots, insouciance religieuse et, “pire” que tout, l’amour entre un juif et une musulmane… Si Marock (dans les salles le 10 mai) déclenche une telle passion, c’est qu’il nous colle le nez sur des réalités indiscutables. Et c’est pour ça qu’on l’aime !


La jeunesse, sa quête de liberté, sa soif d'interdits. L'accroche qui accompagne l'affiche de Marock n'est certainement pas le fruit du hasard. Laila Marrakchi a 30 ans. Il y a dix ans, elle en avait vingt, l'âge de tous les possibles. L'après-bac, les sorties entre copains,
l'amour, le sexe, Dieu, la famille, etc. Pour son premier long métrage, la jeune réalisatrice a choisi d'écrire un scénario à partir des souvenirs de ses vingt ans. “J'ai aussi choisi de me tourner vers tous mes amis, les invitant à me raconter leurs histoires”. Le résultat est une compilation de situations, de personnages, à mi-chemin entre la comédie et le drame. Ça rit, ça pleure, ça balance des gros mots, ça se rebelle à la première occasion et ça finit, le plus souvent, par se plier à la réalité de son monde.

La jeunesse marocaine dans toute sa splendeur, basculant constamment entre ces deux bornes a priori antinomiques que sont la modernité et la tradition. “J'ai justement choisi le titre Marock, explique la réalisatrice, pour rendre compte des paradoxes d'une jeunesse partagée entre la tradition du Maroc ancien et certaines aspirations plus rock'n'roll”.

Histoires de sous
En décembre 2003, le projet “Marock” atterrit devant la commission du fonds d'aide au cinéma marocain, une instance indépendante dont le rôle est de choisir les films qui bénéficieront d'une aide publique. C'est le poète et ancien détenu politique Abdellatif Laâbi qui préside les travaux de la commission, aidé par une brochette de collaborateurs comme les critiques Mohamed Soukri et Mustapha Mesnaoui, l'exploitant Mohamed Layadi ou des représentants du ministère des Finances et du CCM (centre cinématographique marocain). Sur les seize projets présentés en cette session de décembre 2003, trois seulement seront retenus : Moroccan dream de Jamal Belmejdoub, Les vagues de la colère de Abdelhai Laraki et Le procès d'un ripou nommé Tabite. Les trois films sont toujours inédits dans les salles. Marock, lui, fait partie des treize projets recalés. Une source proche de la commission nous explique le refus de celle-ci de la manière suivante : “Le scénario était excellent, très bien ficelé- mais son aspect documentaire accumulait trop de clichés à la fois. Le projet méritait d'être retravaillé”. Un refus élégant et, somme toute, compréhensible. Au-delà de l'épineuse question du fond (relation d'amour entre un juif et une musulmane, réflexions cinglantes sur la religion, la famille, etc.), Marock repose essentiellement sur un montage nerveux, un casting frais et des dialogues crus, qui correspondent au parler de tous les jours. Et puis Laila Marrakchi, 27 ans à l'époque, n'a derrière elle que trois courts métrages. Difficile pour une commission dont aucun des membres n'a moins de 40 ans de “foncer” sur la seule base d'un “scénario très bien ficelé”…

Laila Marrakchi, qui vit depuis 1993 en France, se tourne ainsi vers l'Hexagone pour asseoir le montage financier de son film, dont le budget est finalement arrêté à 1,8 million d'euros. Très raisonnable pour un premier film français, énorme pour un film marocain. Pour le casting, comme pour le reste, la jeune réalisatrice puise d'abord dans le cercle de ses amis. Le premier rôle féminin, celui de Ghita, cette jeune Casablancaise par laquelle tous les scandales arrivent, est ainsi confié à la cousine de Laila, Morjana Alaoui, elle aussi installée en France pour suivre ses études. Les autres rôles sont attribués à de jeunes gens passant leur vie, comme la réalisatrice, entre le Maroc et la France, parlant à la fois la darija et le français. Une exception toutefois : le premier rôle masculin, celui de Youri, le juif marocain amoureux de Ghita, finalement accordé à un jeune premier originaire de Tunisie : Mathieu Boujenah, repéré…dans un reportage-photo publié sur le magazine people Paris-Match. Le casting “local”, effectué à Casablanca, est confié à des amis chapeautés par le propre oncle de Laila, un distributeur de films. Pour les décors intérieurs, essentiellement des villas cossues et des boîtes de nuit sur la corniche casablancaise, la réalisatrice tape à la porte de ses proches et amis.

De l’audace, encore de l’audace !
Le film est ainsi mis en boîte durant l'été 2004, entre Casablanca et la station balnéaire Dahomey qui sert de décor principal pour les scènes de plage. “Le tournage flirtait avec le danger, mais toujours dans la bonne ambiance”, se souvient ce régisseur qui a participé au film. Laila Marrakchi et sa jeune équipe savent qu'ils ont une petite bombe entre les mains. Un petit film qui, sous ses airs de roman-photo pour adolescents gâtés, bouscule probablement plus de tabous que la moitié de la cinématographie marocaine. Une astuce budgétaire donne une idée très précise des audaces du film : Marock est censé se dérouler dans la deuxième moitié des années 1990. Les seuls indices permettant de situer le temps seront les plaques d'immatriculation des voitures en circulation… et un plan furtif montrant le défunt Hasan II sur l'écran de la télévision. Ça ne coûte rien mais ça vous plonge tout de suite dans un univers plein de significations. Et la pirouette est d'autant plus audacieuse que le plan de Hassan II correspond au moment, dans le film, où la petite famille discute du manque à gagner que peut être, parfois, le ramadan. Extrait :

Le père de Ghita (pendant qu'à la télé, Hassan II récite la prière de l'Aïd Al Fitr) : Heureusement que c'est fini ce ramadan... Le travail va pouvoir reprendre normalement. Un jour de plus et je les aurais tués à l'usine !

Dès les premiers jours du tournage, le ton irrévérencieux du film provoque des déflagrations jusqu'à l'intérieur du plateau. La scène qui ouvre Marock l'illustre parfaitement : Ghita flirte avec un ami à l'intérieur d'une voiture quand la police, qui rôdait dans les parages d'une boîte de nuit, débarque. Situation classique rudement éprouvée par tous les jeunes amoureux de ce pays… Pour tourner, l'équipe du film doit composer avec un invité obligé : un officier de police, chargé de superviser le tournage. Une présence d'autant plus électrique que la scène montre, justement, un policier en plein exercice de sa fonction. L'officier (le vrai) demande à lire les dialogues au préalable et l'équipe lui donne une version édulcorée du scénario, débarrassée de toutes les audaces verbales. Quand la réalisatrice crie “Action”, la surprise de l'officier de police est totale. Jugez-en par les dialogues de la scène :

Le policier (à Amine, le petit copain de Ghita) : C'est qui cette fille ?

Amine : C'est une amie

Le policier : Comment ça une amie, tu te crois en Suède ? Chez nous, y a pas d'amie, soit c'est ta femme avec le papier soit c'est le poste de police…

Ghita : Putain mais envoie-le chier ! Pays de merde, on n’a rien le droit de faire...

Le policier (à Amine) : T'as du mal à tenir ta copine ?
Ghita : On n'a rien fait de mal. Mais, c'est vrai les gens comme nous, ça rapporte plus que les putes et les dealers…

Le policier : Pour qui elle se prend celle-là, c'est quoi cette manière de parler ? Une petite nuit au poste, ça te remettra les idées en place…

Ghita (à Amine) : Va, va, donne-lui à manger pour qu'il ferme sa grande gueule !!!

À la fin de la scène, le policier empoche un billet de banque et laisse le couple tranquille… L'officier qui supervise le tournage manque de s'arracher les cheveux. “Il nous a dit de changer le dialogue et le plan final, exigeant que le policier finisse par embarquer le couple plutôt que de se laisser corrompre, si on voulait tourner avec les uniformes de la police, se souvient ce membre de l'équipe. On lui a répondu que cette scène correspondait à une réalité bien connue, que l'on avait toutes nos autorisations de tournage et que, avec ou sans tenue, un flic reste un flic”. Au final, les deux parties finiront par couper la poire en deux : la scène sera finalement tournée conformément aux lignes du scénario mais le policier corrompu ne portera pas d'uniforme…

D'autres épisodes cocasses émailleront le tournage mouvementé du film. Exemple du jour où le propre père de Morjana Alaoui débarque sur le plateau pour assister à une tranquille scène de voiture entre Ghita et Youri. “La voiture devait rouler sur quelques mètres et s'arrêter, se souvient ce membre de l'équipe. Mais Youri a perdu le contrôle du volant et la voiture a virevolté, manquant de peu de s'écraser contre un mur !”. Morjana et Mathieu s'en sont sortis, ce jour-là, sans dégât. Mais la voiture a été sérieusement endommagée…

Plus mouvementé aura été le tournage d'une scène capitale du film, celle où Youri et son copain Mike invitent deux prostituées à la maison. Youri refuse de “coucher”. L'échange qu'il a avec son ami juif est cinglant :
Mike : C'est à cause d'elle (Ghita), me dis pas que t'es en train de tomber amoureux d'une arabe… Youri, rassure-moi, tu t'amuses avec cette fille ? Imagine la gueule de tes parents, si tu leur ramènes une arabe à la maison ? Y a rien de sérieux ?

Youri : (faussement) Mais non… Y a rien de sérieux… On s'amuse !
Au moment de tourner la scène d'amour (simulée), l'une des figurantes, pourtant dûment préparée, bloque complètement. Comment jouer une prostituée et faire l'amour à un juif, qui en plus est insultant ?... La scène sera finalement mise en boîte, tant bien que mal, sans témoin ou presque, sous l'œil d'une équipe réduite formée uniquement de la réalisatrice et de son chef-opérateur.

Malgré la charge émotionnelle, sociale et même politique contenue dans le film, le tournage de Marock se déroule dans une communion de l'équipe technique. La sincérité du propos y est certainement pour beaucoup, comme témoigne ce technicien : “Evidemment que le propos du film pouvait heurter quelques uns parmi nous. Toutes ces questions de confessions religieuses, de sexualité, d'écarts de langage, etc. Mais on a tous compris que le film ne cherchait pas tant à établir des vérités absolues qu'à transcrire, avant tout, certaines réalités qu'il est inutile d'ignorer. Sur le plateau, musulmans, juifs et chrétiens ont parfaitement cohabité, certains n'hésitant pas à pratiquer leurs rites religieux en plein tournage”.

Cannes, Casablanca... et Tanger
En 2005, Marock est présenté au prestigieux Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, mais aussi en avant-première dans le premier Festival de Casablanca. Les deux projections sont chaleureusement accueillies par le public qui y a pris part. Mais en décembre de la même année, le film concourt cette fois-ci au Festival du film marocain à Tanger et c'est la polémique. Avant même la projection officielle, la rumeur enfle dans les salons des hôtels de la ville du détroit : “Il faut se solidariser pour dénoncer le film, Laila Marrakchi ne connaît rien aux réalités marocaines”. Certains rappellent, toujours dans les coulisses, que la réalisatrice est mariée à un juif, Alexandre Arcady, et que son film pourrait être l'étendard d'un “lobby sioniste”. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'argument sera repris en public, par des artistes et des intellectuels, le lendemain de la projection. Mohamed Asli, brillant réalisateur de A Casablanca les anges ne volent pas, argue notamment que “Marock n'est pas un film marocain” et va jusqu'à dénoncer sa programmation dans un festival national, insinuant que l'Etat marocain… serait complice d'un mystérieux “lobby sioniste”. Aujourd'hui, à la veille de la sortie nationale du film, le même Asli modère ses propos mais n'en démord pas pour autant : “Si les Marocains aiment ce film, je serai avec eux. Je suis d'ailleurs content que le film sorte en salle parce qu'il nous poussera, enfin, au débat, le vrai, sur notre société, sur notre politique mais aussi sur le financement de notre cinéma. On a tous besoin de ce débat, mais à condition d'aller jusqu'au bout, sans insulte ni diffamation”.

Demain, la contestation ne risque pas de s'arrêter au seul Asli, qui a au moins le mérite d'afficher clairement son point de vue. Un parti politique comme le PJD, porte-parole consensuel des islamistes et d'une certaine société conservatrice, lui emboîte le pas. Le parti promet de faire de Marock une question orale qu'il exposera bientôt devant le Parlement. Confirmation de Lahcen Daoudi, parlementaire du PJD et l'un de ses plus illustres représentants : “Oui, le PJD compte présenter une question orale pour mettre le gouvernement devant ses responsabilités. Il doit être clair et nous dire s'il juge le film correct, en d'autres termes, le gouvernement doit assumer. En disant cela, nous ne faisons que transmettre le sentiment de larges franges de notre société. Ce n'est pas pour polémiquer mais pour s'affirmer et s'assumer. On a le droit d'être différent, d'afficher sa différence mais sans pour autant provoquer ni polémiquer”.

Joint au téléphone, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement nous a fait la déclaration suivante : “La commission de censure s'est déjà prononcée sur le film (ndlr lire encadré), et le gouvernement marocain ne se situe pas dans une perspective de censure”. C'est tout à l'honneur d'un gouvernement qui ne manquera pas de subir les foudres des conservateurs, en dehors du seul cercle du PJD. Le publicitaire Mohamed Laâroussi, grand cinéphile, proche d'une certaine société civile, trouve la chaîne de réactions à venir somme toute normale : “Chaque fois qu'il y a des choses qui dépassent la vitesse normale, elles provoquent en retour une série de réactions rétrogrades. Un peu comme si ces dernières participaient, malgré elles, à faire avancer le débat. C'est à la limite positif. Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras et laisser faire. La réaction rétrograde peut dépasser les limites et l'Etat serait tenté de jouer aux abonnés absents. Attention, quand quelqu'un fait preuve d'audace, il faut le soutenir”. Et bruyamment. Le film de Laila Marrakchi, malgré toutes ses limites, est un brûlot sorti des tripes. Il a le mérite d'étaler, très sincèrement et avec un talent certain, les réalités d'un Maroc(k) jeune, rebelle, bien réel mais longtemps ignoré par nos cinéastes, nos officiels. Confirmation dans les propos de Mohamed Merhari, dit Momo, l'une des principales figures de l'underground casablancais : “La polémique autour du film me rappelle étrangement celle née autour du procès, ridicule, des jeunes musiciens (ndlr en 2003, 14 jeunes Casablancais ont été injustement condamnés à de la prison pour satanisme). C'est du n'importe quoi. Un film est un film, on peut l'aimer ou l'ignorer et cela doit s'arrêter là. Le problème, dans ce pays, c'est que certains ont un comportement de gardiens du temple, ils se croient les tuteurs d'une certaine jeunesse et se donnent le droit de juger de ce qui est bon ou pas, de ce que les jeunes doivent aimer, dire, consommer, etc. Ces gens se trompent sur toute la ligne et il n'est plus question de les laisser faire”. En effet.

Sorti en France début 2005, Marock a déjà été vu par un public de 150 000 personnes. Une jolie performance qui mérite d'être reconduite auprès de son public naturel : le marocain.





Tabou n°1. Le juif et la musulmane

Ghita et Youri s'embrassent longuement dans une voiture au bord de la plage. Elle est musulmane, il est juif.
- Ghita : Je voudrais tellement que tu viennes à Paris, toi aussi… On n’aurait pas besoin de se cacher… On pourrait se voir tous les jours. On pourrait même habiter ensemble…
- Youri : Qu'est-ce qu'ils diront tes parents ?
- Ghita : On s'en fout, on sera loin d'ici…
- Youri : C'est pas si simple que ça…
- Ghita : Si on le veut vraiment, ça pourrait l'être… On n'en a rien à foutre de ce que pensent les autres !
Quelques instants plus tard, Youri surprend Ghita qui fixe l'étoile de David accrochée à son cou. Sans rien dire, il défait sa chaîne et la lui accroche autour du cou.
- Youri (en la lui mettant) : Comme ça t'arrêteras de la regarder et tu penseras à autre chose…
La scène la plus forte du film. La polémique y a vu un rapport de force défavorable à l'islam, une transgression morale et religieuse, la preuve s'il en fallait une que le film est “sioniste”. Que de grands mots pour étiqueter une scène, dans le fond, touchante, sur deux êtres qui s'aiment, au-delà de toutes leurs différences. Elle, la musulmane, est calfeutrée dans son inhibition instinctive par rapport à l'étoile de David. Lui, le juif, frustré de ne pas pouvoir aimer la personne en face de lui à cause, justement de l'étoile. Moralité : donnons-nous une chance de nous aimer et voyons si on y arrivera en mettant de côté la fameuse étoile et tout ce qu'elle représente.






Tabou n°2. La bourgeoisie arrogante

Mao est assis au bord de la piscine, torturé à l'évocation de ses souvenirs. On apprendra plus tard qu'il a tué quelqu'un dans un accident de voiture, que ses parents ont usé de leur influence pour le tirer d'affaire… et qu'il est devenu très croyant depuis. C'est autour d'une réunion de famille que les révélations fusent.

Extraits :
- Ghita (à sa famille) : Vous feriez mieux de me marier tout de suite comme ça vous serez tranquilles…
- Mao : C'est pour ton bien Ghita !
- Ghita : Toi, va te faire foutre ! T'as de leçons à donner à personne ! J'ai rien fait de mal ! Moi, j'ai pas tué un gamin sur la route…
- Mao : C'était un accident !!
- Ghita : Un accident ? Un accident ?! T'étais complètement bourré, tu roulais à 200…
- Mao : Tu sais pas de quoi tu parles alors ferme ta gueule Ghita !
- Ghita : …Mais heureusement Papa était là et Papa a le bras long… Papa a payé la famille du mec pour qu'ils ferment leur gueule… Combien ça coûte la vie d'un môme des bidonvilles, 100 000, 200 000 balles, hein ? Combien vous avez craché pour que Mao n'aille pas en taule…
- Le père : Tu vas trop loin, Ghita !
- Ghita : Tu sais Mao, moi, j'ai pas besoin de la religion pour dormir tranquille… Tu nous traites de mécréants avec tes petits airs mais il est beau ton Islam de fils à papa…
Dur, dur, la vie de famille. Car voilà des gens bien nés, à la richesse opulente, forts de leurs passe-droits, de leur arsenal de femmes de ménage, de chauffeurs de luxe et d'hommes de peine, qui se découvrent une conscience sur le tard. Choquant ? Mais non, simplement humain. Ce n'est pas parce qu'on est riche qu'on n'en a pas (parfois) gros sur le cœur.






Tabou n°3. Le respect de la prière

Mao vient de rentrer de l'étranger. Il a beaucoup changé. Et Ghita ne comprend pas encore à quel point son frère est un homme nouveau… avec des pratiques nouvelles.

Extraits :
- Ghita : Mao, il est où le jeans que…
Elle s'arrête net. Devant elle, Mao, à genoux sur le sol, est en train de faire la prière du soir.
- Ghita : Mais qu'est ce qui t'arrive, t'es tombé sur la tête, t'es zinzin ? Tu t'es cru en Algérie ou quoi ? Tu vas devenir barbu, c'est ça ?
Mao l'ignore et continue sa prière sans se soucier de la présence de sa sœur.
- Ghita : Papa ! Maman ! Y'a votre fils qu'est devenu fou ! (…) Bon, il est où ce putain de jeans ? (…) C'est bon je l'ai trouvé, merci… (…) En fait, tu t'es trompé de direction, La Mecque c'est de l'autre côté !
L'attitude, la gestuelle, la posture de la fille et de son frère (voir photo) sont extrêmement fortes. Elle ne comprend rien à ce qui se passe devant ses yeux, il l'ignore. Elle le provoque, il la jette dehors. L'incompréhension est mutuelle. Ghita méconnaît les préceptes de l'islam (ne pas déranger le pratiquant dans sa prière), Mao oublie qu'il y a encore quelque temps il était lui-même dans la même ignorance que sa sœur. Le rejet est mutuel et la scène extrêmement touchante. La polémique n'y a pourtant vu qu'un simple rejet de la pratique la plus courante de l'islam : la prière. Réducteur ? Oui, sans aucun doute.






Tabou n°4. Les soirées arrosées

Juifs ? Musulmans ? Non, juste des gosses de riches, unis par le plaisir des soirées arrosées et des parties de franche déconnade.

Extraits :
- Youri : Salut beau gosse ! Gin ? Vodka ? Black ?
- Le “Z” (musulman) : Whisky on the rocks !
- Mike : Putain, fils, y en a marre de la fume… Mes cousins à Paris, ils prennent des trucs qui les rendent fous, mecs… La fume puissance 10. T'as pas de la poudre, des cachets…
- Le “Z” : Attention, ces trucs-là c'est du poison…
- Mike : Ouah, ramène nous, Sahbi, un speed qui nous fasse plus triper… Youri tend le verre de whisky au dealer.
- David : Hé, Youri, on n'en a pas fini avec toi, on veut des détails sur la petite Ghita…
Le film regorge de ce genre de scènes, entre amis, sans véritable enjeu dramatique, où chacun raconte ses exploits du jour, fabule, déconne, boit, drague, balance des gros mots à la pelle, etc. Rien que du vu, su, connu, vécu et entendu par une bonne partie de la jeunesse marocaine. Montrer et (bien) filmer de telles séquences n'a pourtant rien de gratuit, tant il enrichit l'aspect documentaire du film et le fait gagner en réalisme. Provocateur malgré tout ? Peut-être, mais alors il faut croire qu'ils (les jeunes) sont comme ça, que nous sommes comme ça !






Tabou n°5. “Manger le ramadan”

Ghita et ses deux meilleures copines sur la terrasse de la villa, par une belle journée ensoleillée… Sauf que c'est la ramadan, et que Ghita, comme à son habitude, ne jeûne pas.

Extrait de l'échange, dans la séquence d'avant, entre Ghita et Moui Fatma, l'une des femmes de ménage de la maison :
- Moui Fatma : T'as pas honte de manger devant tout le monde pendant le ramadan…
- Ghita (la bouche pleine) : J'ai mes règles…
- Moui Fatma : “J'ai mes règles” chez toi, les règles, elles durent les trente jours du ramadan ?!
La polémique y a vu un total irrespect vis-à-vis de l'un des piliers rituels de l'Islam : le ramadan. Ghita ne jeûne pas et ne s'en cache pas. Mais elle n'est pas la seule, que ce soit dans le film ou dans la réalité. Que faire alors ? Remettre Ghita et ses “semblables” sur le droit chemin en les obligeant à faire le ramadan ? Ou, à défaut, les “cacher” au public et continuer à prétendre qu'ils jeûnent “comme tout le monde” ? Peut-être ni l'un ni l'autre car le plus important est ailleurs : Ghita et ses semblables sont des Marocains comme les autres, des gens normaux qui adaptent les contraintes collectives de leur société à leur besoin d'épanouissement individuel. Et ne s'en cachent plus.






Tabou n°6. L'amour transcende la foi

Le film approche de sa fin. Ghita vient de subir un choc émotionnel, elle est inconsolable. Et ce n'est surtout pas son frère Mao, avec lequel les relations sont si tendues depuis qu'il a “viré” musulman pratiquant, qu'elle va se tourner pour chercher une consolation. Et pourtant, c'est bien lui, Mao, sans dire un mot ni attendre un signe, qui finit par la prendre dans ses bras… Cette scène correspond à l'un des moments les plus forts, les plus inattendus, du film. C'est aussi l'une des rares séquences à avoir échappé à la vindicte populaire. Le jeu des acteurs y est d'ailleurs si remarquable que tout aspect polémique ne pouvait qu'être relégué au second plan. Pas de polémique, donc, mais de superbes messages de tolérance et d'amour distillés en filigrane. Ne peut-on pas lire dans l'expression de Mao (superbe Assaâd Bouab, vraiment) une représentation de l'islam qui pardonne, qui aime et tend les bras vers l'autre pour l'accepter tel qu'il est, dans toute sa différence ? L'autre symbolique forte de la scène s'inscrit dans une modernité encore plus prononcée : Mao reste bien ce qu'il est (en gros, un pratiquant orthodoxe) et Ghita aussi (une jeune femme “laïque” sur les bords), personne ne convertit personne, chacun s'assume et continue d'aimer l'autre pour ce qu'il est… Ça, c'est du happy end !






Censure. La commission a dit oui

Marock a passé avec succès la redoutable épreuve de la commission de censure, cette instance qui statue sur la “correction” de tout film avant de lui délivrer un visa d'exploitation en salle. Aucune scène n'a été censurée mais le film, et c'est là un moindre mal, a été estampillé “interdit aux moins de 12 ans”. La décision, qui a été rendue au nom de l'Etat marocain, a été le fruit des travaux d'une commission représentant les départements suivants : les ministère de la Culture et de la Communication, le centre cinématographique marocain (CCM) et les délégués de la chambre d'exploitation et de distribution des films. “D'habitude, nous explique une source autorisée au CCM, la commission de censure peut faire appel au ministère des Habous pour les films qui posent un problème religieux… Tel n'a pas été le cas de Marock, qui a été interdit aux moins de 12 ans pour les allusions sexuelles et les dialogues qu'il comporte”. Rappelons au passage qu'il fut un temps où le ministère des Habous (et celui de l'Education nationale) siégeaient régulièrement à ladite commission de censure.

source:tel quel

"Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection..."



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MessagePosté le: 05/05/2006 18:03:31    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 05/05/2006 18:21:43    Sujet du message: Marock. Le film de tous les tabous Répondre en citant

hadshi lli meredni ana dik lwe9fa li dayra ou lakhor kayseli Confused

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MessagePosté le: 20/01/2017 22:07:16    Sujet du message: Marock. Le film de tous les tabous

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