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Prisons. À l'école du Jihad

 
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romeosso
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MessagePosté le: 12/05/2006 15:29:27    Sujet du message: Prisons. À l'école du Jihad Répondre en citant



Sanctions, déplacements, mesures punitives… rien n’y fait. Raflés après le 16 mai, les salafistes ont fait des prisons marocaines de véritables écoles d’endoctrinement. L’Etat n’arrive pas à les contrer. Et un jour, ils finiront par sortir…


“Mon fils a bien fréquenté les mosquées, oui mais il n'a jamais été extrémiste. Aujourd'hui, je vois de la rancœur, de la haine, dans son regard et j'ai peur qu'il bascule, vu qu'il rumine une colère noire”, s'inquiète Zahra, la mère d'un islamiste détenu à Casablanca. Si Zahra a peur pour son fils, c'est que les bruits qui courent dans les couloirs
des prisons ne portent pas particulièrement à l'optimisme. En effet si l'Etat a parfaitement bien réussi à verrouiller le prêche clandestin en procédant notamment à la fermeture des lieux de culte underground, les prisons, sous la pression des détenus salafistes purs et durs sont en train de se transformer en véritables mosquées clandestines. Radicalisés par de lourdes peines, révoltés par la torture subie par la plupart d'entre eux, dégoûtés par la duplicité du discours officiel, les islamistes post 16 mai distillent dans une relative clandestinité un discours jihadiste particulièrement inquiétant. Le problème, c'est que ce prosélytisme connaît un grand succès auprès des délinquants de droit commun. Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter justement à ce fameux 16 mai 2003 et à la gestion des enquêtes policières par les autorités ainsi qu'à la réponse politique élaborée par le gouvernement face à une situation particulièrement inédite.

Grève des détenus. Où en est-on aujourd’hui ?
Le communiqué rendu public par les islamistes détenus à la prison centrale de Kénitra à l'occasion du 1er mai a relancé le dossier des salafistes condamnés lourdement au lendemain du 16 mai. “L'approche du phénomène terroriste post mai 2003 s'inspire de la théorie développée par le département américain et se résume à tarir la source unique (Al Qaïda en l'occurrence) en mettant derrière les barreaux tous ceux qui sont soupçonnés de sympathiser avec ce diable de Ben Laden”, précise un diplomate européen. “Plus d'une année s'est écoulée depuis notre grève de la faim, que nous avons suspendue après avoir reçu des promesses de reconsidérer notre dossier, mais aucune des revendications formulées n'a été satisfaite. Nous nous sentons aujourd'hui obligés de relancer la bataille des intestins vides pour clamer notre innocence” s'indignent les salafistes. Ils dénoncent notamment “la dérive du tout sécuritaire qu'il convient, aujourd'hui plus que jamais, de redresser par une décision politique courageuse”. Ils font référence à la grâce royale dont ont déjà bénéficié 315 de leurs pairs.

L'appel a été lancé par les leaders de la mouvance qu'on avait pourtant pris soin d'isoler à Kénitra. Disciplinés, tous les islamistes ont répondu à l'appel.
Communicateurs de talent, les chouyoukhs semblent avoir contourné l'interdiction de communiquer en mettant à profit la visite des proches et celle des associations pour véhiculer leur discours, faire passer des messages forts et médiatiser leurs décisions. “Il y a eu pas mal de concessions de la part de l'Etat mais les islamistes ne veulent pas de la grâce, encore moins d'un allègement de leur peine. Ils veulent tout simplement que l'Etat les relâche sans conditions et qu'il reconnaisse la responsabilité des services de sécurité dans les attentats du 16 mai” s'indigne un responsable politique de la gauche. D'ailleurs, d'après de nombreuses sources, le discours tenu par les proches des islamistes aussi bien dans leur milieu familial que dans les enceintes carcérales au cours des visites à la prison est marqué “par une haine viscérale des services de sécurité considérés non seulement comme les seuls et uniques instigateurs du 16 mai mais également comme de véritables ennemis de l'islam”.

Les chefs de la mouvance ont été transférés à plusieurs reprises dans différentes prisons et soumis à un relatif isolement pour les empêcher de communiquer. “Avant, ils se permettaient de communiquer même avec l'extérieur. Ils réussissaient toujours à se procurer un portable. La preuve, c'est qu'ils ont tous donné des interviews à partir de la prison à des médias nationaux et même étrangers” rappelle une source sécuritaire. Des prêcheurs comme Zakaria Miloudi connaissent d'ailleurs une rotation infernale en raison de leur capacité à faire fi de tout ordre carcéral et de faire du prosélytisme de manière ouverte. “Zakaria Miloudi, comme bien d'autres chefs, se sent investi d'une mission, il doit pratiquer la “daâwa” en tout lieu et en toutes circonstances, c'est pour cela que les privations, les punitions, les transferts n'ont aucun effet sur sa capacité à semer la zizanie. L'homme adore haranguer les foules et les détenus le lui rendent bien”, précise notre source.

Interdits de prêche, les salafistes ont-ils pour autant arrêté leur prosélytisme ? “Pas du tout, aujourd'hui, si les chefs sont relativement interdits de parole, ce sont les bases qui sont obligées de prendre le relais”, explique Mohamed Darif. A Oukacha, ils sont d'ailleurs bien lotis, le pavillon 5, qui peut héberger plus de trois cents détenus, est réservé à une cinquantaine d'islamistes qui vont et viennent comme bon leur semble. Pour approcher les futures recrues, leur technique est relativement simple. Elle commence souvent par une prise en charge des besoins matériels des individus susceptibles d'être endoctrinés. Répression sécuritaire oblige, les techniques d'approche ne sont pas aussi brutales et aussi directes qu'on pourrait le penser. Evitant comme la peste le moindre attroupement, les prêcheurs abordent souvent leurs futures recrues, “voyous invétérés et autres délinquants notoires” de manière individuelle.





Phases d'endoctrinement. Comment se fait le lavage de cerveau ?
“Chaque fois que j'avais besoin d'une carte téléphonique, d'un article quelconque, un de mes codétenus se faisait un plaisir de me rendre service en précisant qu'il le faisait ‘fi sabilillah’” rappelle Mourad, un ancien dealer casablancais qui a subi l'approche salafiste avant de se rétracter et de ne retenir de cet endoctrinement que la prière. Par la suite, ce sont de simples discussions sur la moralité, la dépravation des mœurs et le retour bénéfique à la religion. Pour récupérer des brebis égarées fragilisées par leur séjour carcéral, les salafistes utilisent un discours qui respecte à la lettre une remarquable progression pédagogique. “A l'intérieur des cellules, quand un islamiste, le plus souvent parfaitement imberbe, tient un discours, c'est le plus souvent un discours moral insistant sur la dépravation des mœurs et les influences négatives de l'Occident à travers notamment la télévision” ajoute-t-il.

L'endoctrinement commence ainsi par un discours soft sur la morale et l'enseignement des premiers rudiments de la prière. “Pour ramener les jeunes délinquants dans “le droit chemin”, les prêcheurs répandent des idées qui fustigent la dépravation des mœurs, une société de plus en plus commandée par les femmes et l'éloignement des hommes des préceptes qui ont fait la gloire des ancêtres bénis, les compagnons du prophète” précise Abdelmajid Gouzi le directeur du journal régional Al Ichrak qui connaît bien les mouvements fondamentalistes. “L'islamisme véhiculé dans ce discours s'attaque essentiellement aux trois principes fondateurs de la civilisation occidentale : la laïcité, l'égalité entre les sexes et l'individualisme” précise-t-il. La laïcité est synonyme d'athéisme, l'égalité des sexes est la porte ouverte à la luxure et à la dépravation des mœurs et l'individualisme débouche forcément sur l'affaiblissement de la Oumma. “On nous sortait souvent ce fameux hadith qui décrit l'individu isolé comme une brebis qui a quitté le troupeau et de ce fait se retrouve seule face au loup” ,se rappelle Mourad. D'une manière générale, le musulman est appelé à se réformer jusqu'à ce qu'il devienne fort physiquement, ferme moralement, cultivé intellectuellement, et constant dans sa pratique cultuelle. La seconde étape consiste à s'attaquer aux déviances du foyer de sorte que les règles de l'Islam soient respectées dans tous les aspects de la vie domestique.

Si le détenu est jugé apte à passer à un degré supérieur, on lui apprend à jouer un rôle dans la société au moyen de “la commanderie du bien et par le pourchas du mal”. Pour Gouzi qui a partagé les bancs de classe à la fac avec Abou Hafs “l'enseignement religieux simpliste dispensé dans les prisons s'inspire des grands préceptes énumérés dans le bréviaire salafiste”. Un hadith revient d'ailleurs souvent dans la bouche des prédicateurs “Viendra un temps où les nations vous encercleront de toutes parts, tout comme des convives autour d'un plat. Quelqu'un demandera : Ô Messager d'Allah, serait-ce à cause de notre faiblesse numérique à ce moment-là ? Non, vous serez nombreux mais vous aurez la consistance de l'écume. La faiblesse sera placée dans vos coeurs, et la crainte sera retirée des coeurs de vos ennemis, à cause de votre passion pour ce bas Monde, et de votre grande peur de la Mort”. C'est en gros le prélude au fameux jihad préconisé par tous les salafistes du monde.

Mais seuls les individus éprouvés et considérés comme de futurs combattants de la foi seront initiés à l'enseignement qui consiste à s'attaquer au pouvoir, à dénoncer “la main mise des juifs sur les pays arabes et leur complicité avec les chefs d'état arabes”. Avec comme objectif final la maîtrise du monde afin que les mécréants ne le dominent plus. “Par la même occasion, on nous apprend à intégrer également la souffrance de nos frères palestiniens, irakiens, afghans ou tchétchènes, en guerre contre l'Occident impie” précise Mourad. “Je pense que les individus qui arrivent à ce dernier stade sont pris en charge matériellement, financièrement, eux et leur famille à l'extérieur. Qu'un leader charismatique, ou un réseau bien structuré s'empare, à la sortie de prison, de ces nouveaux “convertis” et les fasse basculer dans un mouvement extrémiste clandestin, est une hypothèse parfaitement plausible”, confirme une source carcérale
Haschich et jihad. L'exigence morale est-elle absolue chez les prédicateurs en prison ?

Rien n'est moins sûr. Fait curieux, le discours sur la pureté des âmes peut facilement s'accommoder de pratiques peu orthodoxes. “On les côtoie chaque jour. Il vous regardent de haut comme s'ils détenaient les clés du paradis alors qu'ils sont derrière toutes sortes de trafic, de la vente de haschich à celle des cartes téléphoniques”, s'indigne un jeune cadre emprisonné à Oukacha pour une histoire de chèque sans provision. Dans ce registre, le cas des prisons du nord du pays est assez significatif. Pour mener à bien leurs opérations de recrutement, les islamistes incarcérés reçoivent un coup de main appréciable des trafiquants de drogue. Ainsi, pour ceux qui ne voient pas d'inconvénients à mélanger délinquance et religion, commerce de drogue et charia, les prisons du Nord offrent un terreau idéal pour faire des affaires tout en gagnant le paradis. Ici, le prosélytisme des islamistes est encore plus puissant. Noyauté par le takfir wal hijra, les trafiquants du Rif, doublés de prêcheurs, profitent de leurs séjours fréquents en prison pour apporter “des fonds et un supplément d'âme” aux brebis égarées. En général, la plupart de ces barons, montagnards incultes ayant fait fortune dans le trafic de drogue et qui ont une conception très rétrograde de l'islam, adhèrent au takfir wal hijra. C'est pour cela qu'ils constituent des alliés potentiels de Ben Laden puisqu'ils sont toujours prêts à mettre leur fortune au service du jihad. “Sans aucune espèce de pudeur, le discours véhiculé consiste à faire croire que l'exigence éthique n'a rien à voir avec le jihad contre les croisés et les impies. En clair pour eux, pour combattre une société profondément immorale qui impose l'athéisme, tous les moyens sont bons. D'où le trafic de haschich toléré par les takfiristes” rappelle cet instituteur de Targuist. Sur les liens entre dealers et islamistes, Driss qui a purgé une peine de quatre ans à la prison agricole de Oued Laou reconnaît à voix basse que les premiers sont souvent au service des seconds et vice versa. “J'ai reçu pendant toute la période de mon incarcération des dons, des vêtements et des petits livrets religieux qui dispensent les enseignements de l'islam. Après j'ai été approché par un dealer qui partageait ma cellule et travaille avec un baron notoire qui fait beaucoup de mécénat à caractère religieux” rappelle cet ex-détenu. Une fois libre, Driss a refusé d'être coopté par un islamiste qui est venu à sa rencontre le jour de sa sortie. La technique est d'ailleurs la même dans la plupart des prisons du nord, de la prison civile de Tétouan à celle d'Al Hoceïma en passant par le pénitencier de Sat Village de Tanger. Ces lieux de détention ne sont pas à l'abri de la connexion entre jihadistes et trafiquants de drogue. Selon la plupart des rapports du ministère espagnol de l'Intérieur, les prisons du nord et notamment la prison de Sebta sont considérées aujourd'hui par les enquêteurs espagnols comme de véritables bases de recrutement de terroristes potentiels.


Âmes égarées, êtres séduits. Pourquoi le discours salafiste séduit-il autant les délinquants ?
Le chercheur Mohamed Darif trouve le phénomène tout à fait normal. “Les détenus de droit commun sont une proie facile pour le prosélytisme quelle que soit sa couleur. Au cours des années 70, c'était le succès des marxistes, aujourd'hui, les salafistes prennent le relais. C'est d'autant plus facile pour ces derniers que tout musulman est tenu de faire du prosélytisme dans le cadre de la daâwa”. Pour le professeur en psychiatrie Omar Battas, la psychologie apporte une réponse intéressante à l'explication du phénomène : “Pour certains détenus, retrouver une virginité sociale, soulager sa souffrance et dépasser le sentiment de culpabilité passe par une prédisposition à accepter plus facilement un discours islamiste basé essentiellement sur la morale. Ce qui permet peut-être, en fin de compte, au délinquant de se fabriquer une nouvelle identité sociale à bas prix”.
Quelle que soit la logique véhiculée par le message salafiste, les délinquants qui sont matraqués par ce discours cessent apparemment d'être antisociaux. Ce qui n'est pas un mal en soi mais le problème, c'est que la nouvelle recrue, en fonction de sa capacité de révolte contre l'ordre établi peut facilement basculer dans une logique salafiste radicale où l'engagement militant peut déboucher sur le terrorisme. Le jihad, en fin de compte est présenté, non seulement comme un moyen de “rédemption” mais aussi comme une possibilité de sortir de l'anonymat, de la médiocrité.

“Je sais que les rudiments de préceptes religieux que j'ai appris en prison n'étaient qu'une entrée en la matière et si je n'avais pas fait preuve de quelques craintes vis-à-vis du discours extrémiste, on m'aurait embarqué dans je ne sais quelle galère”, soupire Mourad qui loue le ciel d'avoir pu échapper à l'influence de ses compagnons de cellule.


Position officielle. Que font les autorités face au prosélytisme des salafistes ?
Sur cette question, l'administration pénitentiaire semble très gênée. “Il s'agit malheureusement d'une situation de fait et il est difficile de trouver des moyens d'y faire face même si, en général, la plupart des détenus islamistes sont confinés dans des quartiers isolés comme c'est le cas à Outita II”, rappelle une source carcérale. “Les autorités sont tombées dans leur propre piège. En décidant de considérer les condamnés post-mai 2003 comme des détenus de droit commun, on les a souvent placés avec les criminels et autres délinquants. Conséquence : il fallait bien s'attendre à ce qu'ils aient de l'influence sur ces derniers”, précise Smouni, le président du CMDH.

D'ailleurs, en confinant les Abou Hafs et autres Fizazi à l'isolement, on a voulu faire croire que la question était réglée. “Conséquence logique de l'isolement qui frappe les gourous de la salafia, ce sont les petites pointures qui s'occupent de recruter de nouvelles recrues. Et c'est encore plus dangereux parce ces prêcheurs à la petite semaine sont beaucoup plus radicaux que leurs chefs”, rappelle une source policière.

“On a bien assuré le contrôle des mosquées et la makhzénisation des oulémas avec à la clé l'imposition d'un prêche officiel lors de la prière du vendredi, mais que faire contre des individus qui font le plus souvent du bouche à oreille ?” s'interroge cet imam, fonctionnaire au ministère des Habous. Quant aux islamistes isolés, leur mise en quarantaine représente du pain bénit pour ces prêcheurs qui n'ont aucun scrupule à faire l'apologie de leur idéologie. Dans cette configuration, les condamnés pour terrorisme sont auréolés de gloire. “Je ne suis pas allé jusqu'au bout parce que j'ai eu peur et que je n'ai pas envie de me retrouver dans une sale histoire mais je crois savoir qu'entre eux, les salafistes ne se privent pas pour organiser des séances consacrées à discuter et à vanter les exploits de Ben Laden et de ses affiliés. A défaut de visionner des VCD faisant l'apologie du jihad, ils se contentent d'écouter avec force mimiques un prêcheur à la petite semaine qui commente des films comme L'enfer des russes en Tchétchénie ou encore Les décapitations des croisés en Irak”, se rappelle Mourad. Des hommes comme Abou Moussab Zarqaoui sont considérés comme de véritables héros de “la libération des terres musulmanes”.

Au niveau sécuritaire, à part ces idéologues bien fichés, on ne sait toujours pas grand-chose sur les petits prêcheurs, si ce n'est qu'ils opèrent dans la discrétion la plus absolue. Pour ce gardien, “avant, il suffisait de ficher tous les gars à la barbe bien fournie qui se rassemblaient pour effectuer la prière en commun et de les surveiller de près. Aujourd'hui, les activistes extrémistes ne font pas dans le prosélytisme direct et ne portent plus l'uniforme adéquat. Ce qui rend le contrôle de leur discours et de leur influence encore plus délicat”.
Parfois même, on ferme les yeux parce que ça arrange bien les matons. “Les détenus islamistes sont parfois bien utiles pour maintenir l'ordre interne à la prison : contre le droit de lire quelques ouvrages religieux et de faire un peu de prosélytisme, ils font profiter les gardiens de leur influence sur les détenus, notamment sur les plus agressifs d'entre eux. Le criminel le plus endurci ne résiste pas à un verset proclamé en public où à une admonestation faisant référence à l'au-delà”, rappelle un responsable carcéral.


Fabriques du jihad. Que feront-ils quand ils retrouveront la liberté ?

Les prisons sont-elles à l'instar de ce qui se passe en Europe, devenues de véritable fabriques du jihad ? Selon de nombreux observateurs, aujourd'hui, il est clair que les salafistes emprisonnés au lendemain des attentats du 16 mai n'ont pas l'intention de se faire oublier mais continueront à faire parler d'eux quitte à passer le relais à ces nombreuses recrues qu'ils n'auront pas manqué de conditionner. La misère et l'exclusion s'occupent du reste. A la radicalisation des prêcheurs répond d'ailleurs celle de leurs nouveaux disciples quand ce n'est pas tout simplement celle de leurs proches. “Un islamiste jeté derrière les barreaux, cela fait une femme et des enfants, poussés à la marginalisation et par la suite, jetés dans les bras des extrémistes”, rappelle une source policière. “Sans oublier ces milliers de membres de leur famille qui risquent de se transformer en bombes humaines pour venger leur proche”, ajoute-t-il. La plupart des islamistes arrêtés exerçaient des activités professionnelles informelles, vendeurs à la sauvette et autres marchands ambulants, la grande majorité des détenus étant issue de ce que l'on qualifie de sous-prolétariat urbain. Une fois qu’ils sont en prison, leurs familles sont forcément condamnées à la précarité.

Pour Abdelfattah Zahrach, l'avocat qui assure la défense d'un grand nombre de prisonniers islamistes, “Quand on sait que les kamikazes du 16 mai sont issus de la misère et de l'exclusion, comment ne pas s'alarmer face à cette répression aveugle qui a plongé nombre de détenus innocents et leurs familles dans une précarité absolue”. Cherkaoui Smouni, le président du Centre marocain des droits de l'homme va encore plus loin. “Nous avons souvent tiré la sonnette d'alarme, demandant que la justice prenne le temps d'étudier chaque cas avec attention pour éviter de trop grosses erreurs judiciaires”. Ayant longuement travaillé sur le dossier des condamnés du 16 mai, Cherkaoui a, quant à lui, tenu de les classer en trois catégories distinctes.

Pour lui, dans le lot, les véritables criminels ne sont pas légion. Il s'agit en l'occurrence des fameux kamikazes du 16 mai et des individus comme Youssef Fikri qui ont avoué un crime parfaitement établi. Quant aux autres, il distingue d'abord ceux qu'il qualifie de “détenus d'opinion” qui sont au nombre de dix. Ce sont les Abou Hafs, Kettani et autres Fizazi. “Que l'on soit d'accord ou non avec leurs thèses et aussi extrémistes soient-elles, nous nous devons de les considérer comme des individus qui ont juste exprimé leurs opinions”.

La troisième catégorie est celle “des détenus innocents”. Ils sont d'ailleurs les plus nombreux. Il s'agit de détenus qui ont été condamnés sans preuves formelles. Les uns parce qu'un voisin les a vus fréquenter une mosquée suspecte, les autres parce qu'ils ont assisté à un prêche, d'autres encore parce qu'ils ont des liens de parenté avec un islamiste présumé.

Sur le terrain, la théorie rejoint la pratique puisque selon de nombreux membres des familles des salafistes détenus, le discours désespéré de leurs proches n'annonce rien de bon. Le cas de Salah Zabri est significatif à cet égard. Après avoir été arrêté en 2002 pour avoir facilité à des jeunes Marocains le voyage en Afghanistan, il est relâché faute de preuves. Quelques semaines après le 16 mai, il est arrêté une seconde fois et sera condamné à mort. Une source proche de sa famille avance que ce jugement est une punition parce qu'il a refusé de devenir un collaborateur des services.

Aujourd'hui, face à ce phénomène, les responsables donnent l'impression de maîtriser la situation mais les leaders islamistes ont toujours une longueur d'avance sur les analystes officiels, dont les prévisions optimistes sont souvent cruellement démenties par les faits. La solution réside peut-être sur le long terme. Elle consisterait essentiellement dans un mélange subtil de lutte antiterroriste et de prévention pour remettre en cause les raisons structurelles et profondes de l'islamisme radical. Qu'il soit clamé dans les cours de prison ou enseigné dans les cours à la fac



source:tel quel

"Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection..."



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MessagePosté le: 12/05/2006 15:29:27    Sujet du message: Publicité

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