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Maroc, Espagne, Europe : sur les routes du cannabis

 
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romeosso
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MessagePosté le: 16/05/2006 19:31:08    Sujet du message: Maroc, Espagne, Europe : sur les routes du cannabis Répondre en citant

un policier marseillais qui emmène régulièrement son gamin aux matches de l'OM, dans un virage du Stade-Vélodrome, le confesse : "Quand je vois un père et son fils partager un joint à côté de moi, ça me fait drôle." D'autant que son métier est... de traquer les trafiquants. Cette "fumette" bon enfant est pourtant l'aboutissement d'un très long chemin, plein de risques, de négociations cachées, de traques réussies ou ratées, de ruptures de charges risquées. Le cannabis, d'où l'on tire le haschisch, ne pousse pas à grande échelle en France, pas plus dans les cités que chez les "bobos". Il vient du Maroc qui fournit, selon le rapport 2005 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, 31 % de la production mondiale et 80 % des 3 000 tonnes fumées chaque année en Europe. L'ONU évalue le marché marocain du cannabis à 10,8 milliards d'euros en 2004 (12,3 milliards en 2003). Entre l'achat initial et la revente au détail, le kilo de résine passe de 300 ou 400 euros à 1 500 ou 2 000 euros.



Tout commence dans le Rif, la montagne marocaine qui borde la Méditerranée. L'hiver y est rude et enneigé, et la culture du cannabis une tradition. Elle y a pris une extension dévorante avec l'explosion de la demande européenne, dans les années 1970. Dans les deux plus hautes vallées de Chefchaouen et de Ketama, elle a pris l'allure d'une quasi-monoculture. Dans certains villages, on trouve une succession de "garages-ateliers" : taxis Mercedes, 4 × 4 et camions y sont "blindés", c'est-à-dire équipés de caches pour mener la marchandise vers les villes ou les côtes.

Dans ces vallées arides où se succèdent des douars misérables, les terrasses où pousse la plante verte se juchent sur le moindre replat. Les tuyaux d'irrigation forment un réseau efficace et, hormis quelques potagers et amandiers, on ne voit rien d'autre. Les paysans les plus pauvres n'ont qu'un lopin. Eux n'extraient pas la résine. Ils vendent leur maigre production de plantes à plus riches qu'eux. Les autres (environ 65 % des paysans) ont abandonné cet âge artisanal.

Ils emploient une main-d'oeuvre souvent venue d'autres régions et transforment la résine en plaquettes compressées de haschisch, sur des presses manuelles installées dans des abris où travaillent quelques ouvriers. Ces paysans-entrepreneurs vendent directement et proposent souvent eux-mêmes un transport vers l'Europe. Quitte à passer par ceux que policiers et sociologues qualifient de "barons", installés dans les villes côtières : Tanger, Tetouan, Nador ou Casablanca. En 2003, 3 070 tonnes de haschisch sont sorties des provinces du Nord ; 2 760 tonnes en 2004.

Le politologue marocain Mohammed Tozy, qui a travaillé pour le rapport de l'ONU, répartit les 120 000 à 130 000 hectares de culture du cannabis dans le Rif en trois zones, qui se différencient par le degré plus ou moins grand de tolérance des autorités. La première est celle des hautes vallées, où le kif est cultivé depuis le XVIe siècle. La culture y est tolérée, cette tolérance donnant lieu à des négociations permanentes avec les autorités. Il peut arriver qu'une campagne, plus ou moins imposée par la Commission européenne, ou un changement de commissaire local fassent tomber les protections ou... rouvrent des négociations sur les tarifs. Les paysans vivent sous la sanction d'amendes dont le versement n'est ensuite pas exigé... jusqu'à ce qu'il le soit. A ce moment-là, ils risquent la prison. L'orage passé, les choses redeviennent comme avant.

Deuxième zone de production : les hauteurs du Rif, l'Ouest en particulier, et les piémonts. Ici, le cannabis est roi. Les autorités jouent de la pression permanente : pas de tolérance officielle, pas non plus d'éradication. L'idée du pouvoir, explique M. Tozy, est de mieux équiper ces zones, de les urbaniser "pour rendre les choses plus transparentes et inventer d'autres ressources" : olives, amandes, tourisme.

Troisième zone : la plaine côtière qui court jusqu'à la ville atlantique de Larache. Là, la politique officielle est l'éradica-

tion. En juin 2005, 80 % de la production y auraient été détruits au lance-flammes. Cette éradication explique aussi la baisse de la production globale entre 2003 et 2004. Première raison de cette politique : le capital nécessaire à des implantations récentes provient de "barons" de Tanger ou d'ailleurs. Ces redoutables hommes d'affaires peuvent importer armes et cocaïne et sont incontrôlables, ce qui est intolérable pour la monarchie. Par ailleurs, plusieurs des auteurs des attentats islamistes de Madrid (11 mars 2004) étaient originaires de Larache. Cela a permis de découvrir des liens entre intégrisme et trafic : le Palais ne veut pas de cela.

Quelle que soit la zone d'où vient le haschisch, il faut l'exporter. Les voies de sortie sont aussi nombreuses qu'ingénieuses. Moyen sûr, et probablement principal : les conteneurs sur les navires de commerce. Tanger, et surtout Casablanca, sont les meilleures portes. Le plus aisé est de travailler avec des gens ayant des activités d'import-export officielles.

Mais les paquets de plaquettes peuvent sortir sur tout engin flottant. Très répandu : le canot pneumatique à quatre moteurs, qui part nuitamment d'un rivage atlantique ou méditerranéen vers le littoral espagnol. Un connaisseur raconte que, blessé par une balle en caoutchouc tirée d'un hélicoptère espagnol, le pilote d'un canot parti de Tétouan et transportant 4 tonnes de haschisch a pu regagner les eaux internationales avant de connaître une fuite d'huile. De Nador, un autre bateau a appareillé d'urgence et a pu sauver les hommes... et la marchandise.

Autre modalité : le voilier. Les douaniers français en ont récemment saisi deux, à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Policiers et trafiquants évoquent encore des navires de croisière russes, des avions de ligne, des bus réguliers ou des cars de touristes. D'autres, dans le Nord marocain, se vantent de connaître des "barons colombiens". C'est dire que les voies de sortie du cannabis marocain, dont certaines descendent vers l'Afrique noire, sont multiples et quasi incontrôlables. L'essentiel du trafic, de l'aveu des policiers, douaniers et vendeurs, passe par l'Espagne, où s'opère la plupart des ruptures de charge.

Le rendez-vous nocturne sur la plage de débarquement doit être aussi précis que rapide. Adolphe Ramacciotti, de la brigade des stupéfiants de Marseille, explique : "Un chargement de 2 tonnes arrive. Des Marseillais qui en ont acheté la moitié sont là, comme d'autres, qui n'ont commandé que 200 ou 300 kg. Chacun s'assure que les lots qu'il reçoit sont bien estampillés de sa griffe. A la livraison, on ne paye que la moitié. Avec ça, le fournisseur en est quitte pour ses frais, sa marchandise et un petit bénéfice." Un des rares sociologues qui ont enquêté dans le "milieu" le confirme : cette modalité de paiement - moitié à la livraison, moitié après la vente - est générale tout au long de la chaîne, du Rif jusqu'à la revente par les dealers de rue.

Les astuces pour tromper la surveillance policière sont parfois diaboliques. Patrick Del Molin, officier de liaison français basé à Madrid, raconte qu'une équipe de trafiquants avait percé un grand trou dans un puissant hors-bord. Ils avaient fait construire une barque en fibre de verre à fond plat, arrimée sous le bateau porteur et qui était remplie de marchandise.

L'attelage remontait un fleuve du sud de l'Espagne et la barque sous-marine était larguée près d'un pont. Le hors-bord repartait. Avec un autre petit bateau et un plongeur, des complices récupéraient les ballots imperméabilisés. Le petit bateau revenait au port, était hissé sur une remorque accrochée à une voiture qui filait vers la villa louée par cette bande d'une dizaine de voyous français.

Le haschisch étant arrivé à bon port et réparti entre acquéreurs, commence un autre parcours : en voiture, en camion, en train... Ou, depuis quelques années, par "go fast". Cette technique consiste à former un convoi sauvage de deux ou trois véhicules très rapides - Mercedes, Audi Quattro, A8... - qui transportent la marchandise, non dissimulée, par paquets de 500 à 800 kg.

Les conducteurs, cagoulés pour ne pas être reconnus s'ils sont filmés, peuvent passer les péages en force. M. Ramacciotti raconte une arrestation mouvementée. "En 2004, nous traquions un convoi venu d'Espagne. Les gars devaient livrer vers 4 h 30 au carrefour de La Fossette, dans la zone industrielle de Fos. Retardés, ils n'arrivent qu'à 8 heures, au moment où il y a un monde fou au carrefour. Nous avions installé un barrage-entonnoir en utilisant des barrières de béton et une dépanneuse en travers de la route, avec des herses. Nous les coinçons. Ils repartent à fond en marche arrière et poussent nos voitures. Leur 4 × 4 est ressorti du fossé de 2 mètres de large et a foncé sur la plaine en zigzaguant. Par chance, il est allé heurter un muret : avec les airbags, les deux gars sont sortis sains et saufs !" Ils ont été interpellés, mais beaucoup de ces casse-cou arrivent à destination sans encombre.

Quand la voiture approche du point de rendez-vous, le commanditaire la prend en main, escorté d'un homme de confiance. Il gagne alors le lieu d'entreposage, d'où la marchandise doit repartir rapidement. Pas question de laisser des kilos de haschisch sans protection : le risque de se le faire voler est trop grand. Le policier marseillais cite comme exemples d'entrepôts une serre désaffectée près de l'étang de Berre, un hangar abandonné près de Marignane. S'y opère souvent un premier "coupage" de la résine, pour accroître les bénéfices à la vente. De là, le stock entreposé se fragmente vers les boxes inoccupés d'une cité ou vers un garage, loué par un copain.

Là aussi, l'écoulement doit être rapide. La transaction suivante s'effectue dans un endroit protégé mais surveillable, d'où l'on peut partir vite. La cité marseillaise de La Cayolle, où les policiers ont récemment arrêté des revendeurs, a été conçue par l'architecte comme une médina, avec ses rues et ruelles. L'acheteur y entre et disparaît : impossible de voir à qui il achète.

De là, les "barrettes" partent en ville, et vers tous les milieux. Décidés à montrer à la justice qu'un trafic d'importance se déroulait dans un quartier tranquille, les policiers marseillais ont laissé se dérouler tout un après-midi de vente. Puis ils ont rattrapé les acheteurs à quelques centaines de mètres du "marché". Une quinzaine de clients sont tombés dans leurs filets. "Il y avait, se souvient M. Ramacciotti, des commerçants, des enseignants, des employés, des chômeurs..." Et ce fan de football de constater : "Le "chichon", c'est devenu le petit côté contestataire, festif. D'ailleurs, il y a recrudescence des ventes deux ou trois jours avant chaque fête. Et quelques jours avant chaque grand match."

source:le monde

"Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection..."



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MessagePosté le: 16/05/2006 19:31:08    Sujet du message: Publicité

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