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Enquête.Pourquoi les francophones contrôlent le Maroc?

 
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romeosso
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MessagePosté le: 20/05/2006 19:44:57    Sujet du message: Enquête.Pourquoi les francophones contrôlent le Maroc? Répondre en citant



Officiellement, point de salut identitaire hors de l’arabe (classique, de préférence). Mais dans le monde du pouvoir, comme celui de l’argent et de l’influence, la langue de l’ancien occupant continue de faire régner sa loi. Et entretient une certaine ségrégation entre les élites…


Le peuple jase en douceur. Et les populistes, dans la presse, mais aussi dans les partis traditionalistes, lui font écho. Abbas El Fassi s'en prend, avec démagogie, à ces ministres, francophones et besogneux, qui font des exposés en français en plein conseil du gouvernement. Un militant
syndicaliste protestait, la semaine dernière, dans une multinationale, contre la disparité des salaires entre les ingénieurs venus des grandes écoles françaises et leurs pairs, issus du système marocain. Un chroniqueur de la place trouve scandaleux que les colloques scientifiques commencent par un rituel bismillah (au nom de Dieu) et enchaînent tout le reste en français. Qu'ils détiennent du pouvoir, de l'argent ou du savoir, les “francophones” sont à nouveau pointés du doigt, mais très discrètement.

De quels francophones parlons-nous ?


De qui s'agit-il au juste ? De ces caricatures de bourgeois d'Anfa Supérieur, décrites avec brio par Driss C. Jaydane, dans son dernier roman, Le Jour venu, qui vont à Paris par intermittence, sont accrochés à leurs privilèges et réfutent tout contact avec le “petit peuple” ? De leurs cadets, branchés sur TF1 et Paris Première, qui ne zappent sur 2M que lorsque Sophia Essaïdi, la star ac' marocaine était à l'antenne (authentique) ? De ces bourgeois réels, acteurs privés, formés à l'école française, ayant acquis les ficelles du savoir moderne à la métropole et hérité de la fortune paternelle ? De leurs pairs, ayant fait le même cheminement, avant d'être happés par la politique, dans le G14, par exemple, puis les hautes sphères de l'Etat ? De lobbyistes, francophiles, cherchant à consolider les intérêts du couple franco-marocain ? De Marocains, parlant un français moins parfait, formés ici ou ailleurs, mais ayant autant de mérite scientifique que les technocrates les plus en vue ? Ou encore d'enseignants de français, parlant une langue au rabais et faisant tout de même partie de la même galaxie ? Il est clair, explique la socio-linguiste Amina Benzakour, que nous parlons de “la population qui appartient à la mouvance française, qui a pris les rênes du pouvoir (économique surtout) et s'y accroche par des réseaux de toute nature”. Comment cette prétendue mainmise a-t-elle été possible ? Et si notre élite dirigeante est majoritairement francophone, qui en est vraiment responsable



Arabisation : histoire d'un ratage

“L'idéologie des nationalistes voulant tout arabiser, vite et dans l'improvisation, a dès le départ plombé l'école marocaine, censée former des élites”, raconte l'académicien Mohamed Chafiq. Nous sommes en 1957. Le ministre de l'Education nationale, Mohamed El Fassi, décide d'arabiser tout le cours préparatoire. Dans l'euphorie post-indépendance, le roi Mohammed V invite solennellement les Marocains à envoyer leurs enfants à l'école. Abdeslam Yassine (l'actuel leader d'Adl Wal Ihsane lui même), alors inspecteur très respecté, dit clairement au ministre que “la rentrée s'est très mal passée à cause de cette arabisation hâtive”. Dans les écoles, raconte Mohamed Chafiq, “nous avons été obligés de revoir à la baisse nos exigences concernant les enseignants d'arabe. Au point de recruter, in fine, des cordonniers et des graisseurs”. Au bout d'une saison, le ministre de tutelle plie bagage. Il reconnaît, plus tard, dans un congrès de l'Agence universitaire francophone qu'il “faudra très longtemps pour que l'arabe devienne une langue de communication internationale”.

En 1962, le Conseil supérieur de l'Education nationale décide, sous l'impulsion de l'idéologie istiqlalienne, de tout arabiser. Branle-bas de combat, colloques et déclarations d'intentions. Finalement, Mohamed Benhima, ministre moins populiste et plus rationnel, déclare, lors d'une conférence de presse, le 6 avril 1966, que le niveau de l'enseignement est compromis par une arabisation hâtive, par la généralisation de l'enseignement et par la marocanisation. Il suggère alors de revenir à l'enseignement scientifique en français et d'instituer une sélection à l'entrée du secondaire. Il constate, au passage, que l'arabisation totale de l'enseignement primaire conduit à une impasse, puisqu'il sera impossible pendant de longues années d'enseigner les disciplines scientifiques en arabe.

En parallèle, dans les villes majeures (Fès, Rabat, Casablanca, Tanger, Meknès), les écoles de la mission française, encore très vivaces, comptent quelque 47 900 élèves, dont 13 650 Marocains (comparez, ils sont 19 000 aujourd'hui). A l'époque, la qualité des lycées bilingues marocains permet, encore, à des fils de la classe moyenne d'accéder aux grandes écoles d'ingénieurs et à la prépa HEC de Lyautey. Dans son excellente étude, Ecole, élite et pouvoir, Pierre Vermeren note que, jusqu'aux années 70, l'élite technocratique en devenir provient aussi bien de la grande bourgeoisie que de classes sociales moins favorisées. Autrement dit, les Marocains bien formés, nés dans les années 30-40, étaient aussi bien francophones que bilingues, quand ils n'étaient pas arabophones. Les filières d'enseignement et de droit, très prisées, permettent à cette catégorie, non négligeable, de briller dans la sphère politique et intellectuelle. Mais déjà à l'époque, ce capital humain manque de relève crédible. “Lorsque j'ai proposé, avec mes collègues, sous Benhima en 1967, puis en mon nom en 1970, un projet d'arabisation rationnelle étalée sur trente ans, permettant d'asseoir le bilinguisme, j'ai été assailli de toutes parts”. En effet, 500 nationalistes et intellectuels se sont joints aux oulémas, suite au colloque d'Ifrane en 1970, pour jeter l'anathème sur Chafiq qui prône une démarche sage et réfléchie.

Quand Azeddine Laraki (encore un istiqlalien) accède au ministère de l'Education nationale, en octobre 1977, les chances de former une élite nationale intelligente sont réduites à néant. Sous prétexte de faire de l'arabe un outil de modernisation, contre le français responsable de l'aliénation et l'acculturation des élites, le ministre veut “revenir à la situation pré-protectorat, en ré-arabisant l'Etat et les institutions”. Pour cela, il ambitionne de généraliser l'arabisation jusqu'au bac en incluant les matières scientifiques. Malgré la rigueur d'un Lakhdar Ghazal, à la tête de l'institut d'arabisation, le spécialiste Gilbert Grandillome, qui a fait le tour de la question, réalise que, faute de moyens techniques, de personnel qualifié et de réflexion mûrie, “l'arabisation ne pouvait qu'échouer” .

Resté en poste jusqu'en mars 1986, puis promu premier ministre pendant six ans, Azeddine Laraki a eu le temps, avec ses conseillers fort conservateurs (Mohamed Belbachir, Driss Kettani …) de sacrifier une génération de Marocains. Ayant fait l'inventaire de cette débâcle, le socio-linguiste Ahmed Boukous note que chez les étudiants marocains, issus de ce système, le handicap majeur est la non-maîtrise de la langue française. Cela se traduit chez les scientifiques (censés prendre part à l'essor du pays) par des problèmes basiques de compréhension orale et de prise de notes. Le tout donne lieu, à la fin des années 80, à un taux cumulé d'échec et de redoublement avoisinant les 70%. “Comment voulez-vous que des bacheliers incapables d'aligner deux phrases intelligibles puissent devenir mieux que des diplômés chômeurs”, dit alors de manière prémonitoire un professeur de sciences naturelles, sur les colonnes de la presse

Qui est responsable de cet échec ?


Le crime est-il délibéré ? Le ministre Laraki, même s’il est enclin, après coup, à faire son mea culpa, a eu une phrase de trop. Selon Pierre Vermeren, Il est alors, à bord d'un avion avec ses conseillers et dit à l'un d'entre eux, en parlant des étudiants : “Et si on leur mettait un peu de berbère pour les embrouiller un peu plus”. Le ministre de tutelle n'est pas le seul à blâmer. Durant cette traversée du désert, les istiqlaliens, défendant en public l'arabisation pour les masses, optent pour la filière francophone en famille. Les enfants des ténors, Allal El Fassi, M'hamed Douiri et bien d'autres, sont alors formés tels des “super-citoyens”, en français. Certes, quelques uns, plutôt cohérents, comme Larbi Messari, ne jouent pas à ce double jeu. Mais au sein du parti nationaliste, la volonté de se garder le privilège d'accès aux sphères du savoir et, de là, le pouvoir, reste intacte.

Hassan II, complice de cet acte, cherche à colmater les brèches. Mais cela se fait davantage au profit de l'élite francophone, déjà privilégiée. Ainsi, en 1989, “lors de la visite du chef de la diplomatie française, Roland Dumas, au moment où le prince Moulay Rachid obtient son baccalauréat, les responsables lui demandent de reprendre un ancien lycée du protectorat à Rabat”, raconte Pierre Vermeren. En 1996, François Bayrou, ministre de l'Education nationale, accède à la demande pressante de l'élite francophone du pays, pour créer des écoles de la Mission privées. Entre-temps, le Maroc crée dans certains lycées publics, l'option Langue française (5 à 7 heures par semaine), pour rehausser le niveau, qui touche alors le plancher. “La réaction est tardive, commente Pierre Vermeren. Comparez, la Tunisie, confrontée à un bilan similaire, avait réagi dix ans plus tôt”.

La création d'une “classe dominante

Autant cette débâcle ouvre la porte à des drames qui iront crescendo (islamisation à outrance, diplômés chômeurs, etc), autant elle conforte la position de l'élite dirigeante. Le sociologue Ali Benhaddou estime qu'il y a un réseau huilé qui favorise la connivence de classe. “Les familles bourgeoises engendrent les technocrates. L'Etat assure leur promotion au détriment des acteurs de la vie politique et sociale. Ils passent successivement par les grandes écoles, les grands corps d'Etat, la haute fonction publique. Puis sans transition, ils sont cooptés à la tête des grandes banques, des grandes sociétés industrielles, commerciales… Le diplôme, acte de nomination garanti par l'Etat, assure indéfiniment le passage d'un poste à un autre”.

Ce constat, trop systématique d'ailleurs, est dressé au milieu des années 90. A l'époque, la situation entre arabophones frustrés et francophones choyés est très tendue. “Il ne faut pas forcer tout le monde à passer dans le même moule comme le veut le système actuel. Les jeunes gens issus des familles pauvres doivent apprendre un métier ou une technique. Pour cela, ils ont à leur disposition des écoles de formation professionnelle. Les unes se trouvent en médina, les autres à la campagne”, ose dire publiquement le directeur d'un groupe scolaire créé spécialement pour les enfants de la petite bourgeoisie casablancaise. C'est clair, l'ascenseur social est définitivement en panne au Maroc. “Le bilinguisme sauvage”, mal maîtrisé est alors mis en cause.

Le fossé entre deux castes de la société est d'autant plus grand, explique la psychologue Assia Akesbi, que dans le système français, on apprend la prise de risque, l'innovation, alors qu'en face, dans le système éducatif marocain, l'individu est noyé dans la communauté et seules les valeurs passées sont glorifiées. Conséquence, le renouvellement des élites se fait selon le mode du chacun pour soi. “Pour la génération des 30-40 ans, explique l'ingénieur socialiste Mohamed Soual, l'intégration au marché se fait dans la négociation. Il s'agit de Marocains, francophones purs ou bilingues bien formés, qui doivent très peu à l'Etat et beaucoup à leurs familles. Ils évoluent donc dans un marché inégalitaire, cherchant une place au soleil”.

Trouver sa place ne va pas toujours de soi. “Plusieurs jeunes francophones, explique Assia Akesbi, ont vécu dans un cocon (famille, mission …) et ont besoin de dominer par l'argent pour se faire une place. Parfois, certains repartent, quand ils n'arrivent pas à acquérir la même fortune que détenaient leurs parents”. A contrario, ceux qui détiennent le pouvoir, de l'argent ou de la décision, tiennent, pour la plupart, à le garder. Quoique novatrice à la base, cette élite est plutôt conservatrice. Et pour cause, “les technocrates marocains, selon Ali Benhaddou, maîtrisent, comme leurs pairs français, les procédés économiques et politiques. Mais fascinés par le pouvoir, ils préfèrent contrôler les appareils et les activités plutôt que les transformer ou innover

Contrôlent-ils vraiment la situation ?

En 2006, les relations entre francophones et non-francophones sont moins tendues qu'il y a une décennie. Normal, explique Abdellah Stouky. “Vu l'échec consommé de l'arabisation, même les parents arabophones ont mis leurs enfants dans le système français. Et vu la montée de l'islamisme et la peur de l'obscurantisme, les francophones prennent soin de ne pas se cantonner dans leur monde clos”. Tout le monde se retrouve autour de nouveaux consensus : la famille, la darija et la diversité culturelle du pays. Finalement, ce sont les bilingues qui contrôlent le mieux la situation. Certains conçoivent le va-et-vient entre les deux langues de manière acrobatique. “Quand je suis dans un bus, je parle instinctivement en arabe. Dans le train et a fortiori dans l'avion, je passe au français”, confie un jeune cadre.

Quant aux purs francophones, ils cherchent à prévenir leur éventuelle marginalisation politique. Deux voies sont empruntées. Primo, la politisation des technocrates, qui se traduit par des cours intensifs en arabe. “Certains prennent parfois des tolbas, enseignants traditionnels, pour maîtres”, note un haut responsable. Secundo, l'adoption de la darija comme moyen de communication privilégié. Fait marquant, la plupart des responsables d'associations caritatives, nouvelle ère (Najat M'jid, Leïla Chérif, Noureddine Ayouch, etc) sont à la base des francophones convertis. “Leur stratégie est de cibler le peuple pauvre et analphabète, de l'arracher aux obscurantistes qui le guettent, explique Ahmed Boukous. Mais au fond, il y a quiproquo. Parce que ce peuple a pour modèle immédiat une élite intermédiaire, plutôt arabophone (avocats, enseignants…). Ils aimeraient bien eux aussi lire les journaux en arabe dans le bus. Par contre, ils apprécient mal qu'un francophone vienne leur tenir un discours hautain et reparte en 4x4”.

En attendant l'entente parfaite ou au moins l'harmonie sociale, que se passe-t-il ? Il y a une division de l'espace qui confirme la stratification de la société, note Assia Akesbi. “Les francophones ont leurs quartiers, leur langage, leurs cafés, leur manière d'être, à part”. Ils ne sont pas toujours au sommet de la société, mais parfois à côté… de la communauté.

"Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection..."



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MessagePosté le: 20/05/2006 19:44:57    Sujet du message: Publicité

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