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Le roi, les islamistes et le Sahara

 
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Casawia
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MessagePosté le: 08/07/2006 17:28:08    Sujet du message: Le roi, les islamistes et le Sahara Répondre en citant

Tandis que Mohammed VI fait du social, cheikh Yassine teste la résistance des autorités à un an des législatives, et les provinces du Sud - presque - unanimes savourent leur nouveau statut d'autonomie.




Soleil voilé et lumière humide : journée ordinaire, à Rabat, en cette fin du mois de juin. Les touristes arrivent par petits groupes, en attendant la noria des charters de juillet. Peu de choses à lire dans la presse, si ce n’est cette étrange polémique, à longueur de colonnes, entre « makhzéniens » et « nihilistes », journalistes proches du pouvoir et critiques pavloviens du régime. La controverse envahit et contamine tout, de l’élection du patron des patrons à l’inauguration d’un musée à la gloire d’un maréchal défunt, ancien « moro » de l’armée franquiste, en passant par le contenu des programmes de télévision. Surtout, ne pas s’y arrêter, au risque de suffoquer d’ennui !

Pourtant, sous les eaux dormantes de ce début d’été émollient, s’agitent bien des courants : islamistes, Sahara, diplômés chômeurs, morchidate (prédicatrices), perspectives électorales... La rentrée de septembre, assure-t-on, sera brûlante, avec, en ligne de mire, les législatives de 2007. Dans ce pays où l’on n’aime rien tant que jouer à se faire peur, tout change donc pour que rien ne bouge, à moins que ce ne soit l’inverse. Ainsi va le Maroc.


M6 : « Morocco first »

Pendant ce temps-là, que fait le roi ? Du social, son activité favorite. Ce 22 juin, à Rabat, Mohammed VI préside le conseil d’administration de la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Une grosse machine caritative dotée d’un budget de 300 millions de dirhams (27,16 millions d’euros) dont toutes les actions profitent aux plus démunis.

Pendant des heures, le roi discute crayons, cartables, centres de soins, handicapés, accès à l’eau potable, foyers pour jeunes filles rurales, restos du cœur et opérations à prévoir pendant le mois de ramadan, qui commence fin septembre. « Il épluche tous les dossiers et pose des questions sur tout », raconte l’un des participants.

Pour le fils de Hassan II, rien ne compte davantage que de réduire l’énorme fracture sociale qui lézarde la « maison Maroc », une obsession, un quasi-plein temps qui laisse peu de place à la politique, qu’elle soit politicienne ou extérieure. Là où son père s’efforçait, avec des résultats d’ailleurs très inégaux, de faire exister le Maroc sur la scène internationale - en particulier au Proche-Orient -, lui se replie sur le royaume, son petit peuple et ses grandes inégalités. « Chaque fois ou presque qu’apparaît un conflit entre l’État et les gens, et qu’il doit le trancher, le roi tranche en faveur des gens. En ce sens, il est beaucoup plus le petit-fils de Mohammed V que le fils de Hassan II », explique l’un de ses proches collaborateurs.

Certes, le politique n’est jamais loin, et ce populisme royal, cette impression d’être en campagne électorale permanente que donne un homme a priori au-dessus de toute contingence élective peuvent être interprétés comme un moyen de tirer le tapis sous les pieds des islamistes. N’y voir que ce simple calcul serait pourtant une erreur. Le social et l’humanitaire sont les deux passions d’un roi persuadé que ce qui menace le plus l’avenir du royaume c’est, justement, son déficit béant en la matière. Et puis, le peuple, le contact, les mains que l’on touche, M6 aime.

« Il ne se passe pas de jour sans que je m’arrache les cheveux, confie un responsable de sa sécurité. Sans prévenir, Sa Majesté se met au volant d’un véhicule, en général décapotable, et, suivi d’une voiture avec trois gardes du corps, se perd dans les quartiers populaires de Casa ou d’ailleurs. » Pas de motards ni de gyrophares. M6 s’arrête aux feux rouges, descend, salue, prend le thé dans une gargote, puis repart.

Régulièrement, lorsqu’il est en voyage, le roi éprouve ainsi le brusque besoin de rompre avec le programme officiel et de balayer le protocole pour aller à la rencontre des « vrais gens ». À Rio de Janeiro, à Alger, à Dakar, à Libreville, à Niamey, à New York, à Brazzaville, des passants médusés l’ont croisé, à toute heure du jour ou de la nuit, en des lieux improbables. Dans la capitale congolaise, le propriétaire de l’hôtel Olympic se souvient encore l’avoir vu débouler, un soir, pour lui emprunter sa voiture. Suivi par une cohorte affolée de gardes du corps locaux et marocains qu’il s’est amusé à semer, Mohammed VI s’est ensuite perdu dans Poto Poto et Makelekele, obligé de demander son chemin à des quidams, dont certains étaient peut-être des malfrats en goguette !

Des histoires comme celle-là, Fouad Ali El Himma, ministre délégué à l’Intérieur et sans doute le plus proche collaborateur du monarque, en a par dizaines. Mais il en est une, récente et significative de la popularité intacte dont jouit Mohammed VI sept ans après son accession au trône, que son condisciple du Collège royal aime à raconter.

C’était il y a quelques mois, du côté d’Ifrane. Avec quelques amis, M6 marche dans la forêt sur un sentier de randonnée. On croise des promeneurs en ballade, on s’arrête, on discute un peu, puis on se sépare. Soudain, une jeune fille fait demi-tour et revient en courant vers le roi. « Majesté, je n’ai rien à vous demander pour moi, dit-elle, un peu essoufflée, mais ma ville de Taza se meurt. Alors, s’il vous plaît, venez nous rendre visite et tout va changer. » Quand on lui rapporte certaines remarques à propos de son manque de visibilité sur la scène internationale, Mohammed VI répond invariablement : « Ma maison d’abord. » « Morocco first », en quelque sorte. Et Taza avant Gaza…


Islamistes : en attendant le grand soir

Si Mohammed VI aura 43 ans en août, et donc, si Dieu le veut, toute une vie de règne devant lui, cheikh Abdessalam Yassine, lui, n’a plus de temps à perdre. Le guide du mouvement islamiste Justice et bienfaisance a 80 ans et des soucis pulmonaires. Entre son existence d’ascète et l’univers des « M6 boys » - jeans, tee-shirts, musique new age et Internet à gogo -, il y a tout un monde, deux conceptions du Maroc qui se frottent, se heurtent, dialoguent parfois, mais ne se rencontrent pas.

Après avoir prophétisé que 2006 serait l’année du soulèvement, le cheikh a remisé au placard son rêve de scénario à l’iranienne, avec dix millions de fidèles dans les rues, au profit d’une méthode de testing bien plus réaliste. Afin de peser sur les législatives de 2007, d’accroître son audience et de provoquer le pouvoir, Justice et bienfaisance a lancé, fin mai, une opération Portes ouvertes à travers tout le Maroc. En l’occurrence, il s’agit de multiplier les réunions aux domiciles de cadres de l’association, au cours desquelles on explique, devant un parterre de militants et de recrues potentielles (cela va de la vingtaine à la centaine de participants), les objectifs d’Al Adl Wal Ihsane. Cet activisme, joint à la publication d’un sondage pour le moins spécieux accordant 47 % des voix aux islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (PJD) lors des prochaines législatives (l’estimation de 20 % semble beaucoup plus proche de la réalité), a fait souffler un vent de panique dans les salons bourgeois.

L’autorité a donc dû réagir. Dès qu’une réunion est signalée, la police intervient, disperse les participants, interpelle les organisateurs et leur fait savoir que la ligne rouge qui sépare les activités d’une association tolérée de ­celles d’un parti politique reconnu (Justice et bienfaisance, qui n’a jamais voulu se transformer en parti, appartient à la première catégorie) a été franchie. À la clé, une menace : celle de poser des scellés sur les domiciles où sont organisés ces happenings d’un genre un peu particulier. En un mois et à raison de cinq à dix mini-meetings interrompus par jour, près d’un millier de membres d’Al Adl Wal Ihsane ont ainsi été brièvement arrêtés. Sans violence, mais parfois à la limite de la crise de nerfs, le bras de fer continue.

Cet affrontement feutré entre le pouvoir et les islamistes en recouvre un autre, plus dur et beaucoup moins médiatique. Il oppose quotidiennement les services de sécurité et de renseignements aux réseaux clandestins salafistes, ultraminoritaires, mais disposant d’une capacité presque infinie à renaître avec, à chaque fois, de parfaits inconnus à leur tête. Environ cent cinquante Marocains opéreraient actuellement en Irak au sein d’al-Qaïda (dont l’un était très proche d’Abou Moussab al-Zarqaoui), soit la deuxième communauté maghrébine après les Algériens. Les deux tiers sont issus des rangs de l’émigration marocaine en Europe, les autres proviennent directement du royaume. Le djihad irakien n’est cependant pas le seul terrain d’entraînement de ces islamistes radicaux : l’Algérie voisine fournit un théâtre beaucoup plus accessible. Parmi les dix-neuf membres d’une cellule de la Salafia Jihadia récemment démantelée à Salé (parmi lesquels sept mineurs), près de la moitié avaient été interceptés par les policiers algériens au-delà de la frontière, alors qu’ils étaient en route pour les maquis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Les Algériens les ont ensuite remis à leurs collègues marocains, preuve que, si elle paraît durablement gelée dans les domaines politique, économique et culturel, la coopération entre les deux « frères » fonctionne au moins au niveau sécuritaire. L’islamiste armé, c’est l’ennemi suprême.


Sahara : le modèle catalan

Après le dernier rapport, très favorable au Maroc, de Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, l’adoption le 18 juin du nouveau statut d’autonomie élargie de la province espagnole de Catalogne a conforté les dirigeants marocains dans ce qui est désormais « leur » solution pour le Sahara occidental : l’autonomie, toute l’autonomie, rien que l’autonomie. Comme en Catalogne, l’ancienne colonie espagnole aura son statut, son Parlement, son gouvernement local, ses prérogatives judiciaires, administratives et fiscales, le tout coiffé par la couronne royale. Tel est le projet, répété à satiété, auquel adhèrent la quasi-totalité des Marocains et la plupart des partenaires majeurs de la région - Français, Américains, Espagnols - tant la perspective d’un nouvel État indépendant au Maghreb apparaît désormais chimérique.

Reste que, pour l’instant, ce projet n’existe qu’au sommet. Créé il y a quelques mois, le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas) est certes un bel objet, plutôt représentatif des tribus locales et loin des simples courroies de transmission du Makhzen d’antan, mais il lui reste à faire ses preuves auprès des populations.

Une fraction, minoritaire mais turbulente, des Sahraouis continue en effet de profiter du desserrement de l’étau policier et administratif pour afficher sa dissidence, voire son séparatisme. Via des ONG locales et en liaison plus ou moins directe avec le Polisario - que le projet d’autonomie et la création du Corcas n’arrangent évidemment pas -, ces activistes, une cinquantaine au total avec une réelle capacité de mobilisation, se recrutent paradoxalement au sein des tribus du nord du Sahara historiquement fidèles au trône. En l’occurrence, les Tekna et les Aït Youssa de Goulimine, Tan Tan, Assa et Zag, gros fournisseurs de soldats aux Forces armées royales. L’explication en est simple : l’ossature du Polisario étant constituée de Reguibat, le pouvoir central a longtemps privilégié cette tribu « rebelle » afin de la séduire, au détriment de celles qui lui étaient acquises, suscitant rancœurs et frustrations.

Ainsi, Mohamed Moutawakil, le « Che Guevara » des irrédentistes, est un enseignant aït youssa natif d’Assa, dont le Polisario avait autrefois refusé l’inscription sur les listes référendaires sous prétexte qu’il était originaire du « Maroc incontesté ». Aujourd’hui, la propagande du Front en a fait un héros, tout comme elle s’efforce de récupérer et d’amplifier le moindre acte de dissidence, voire d’incivisme.

Le dernier en date a eu lieu le 17 juin, non loin de Laayoune. Un véhicule avec cinq personnes à bord tente de forcer un barrage de gendarmerie. Parmi les interpellés, un homme exhibe sa carte du Polisario, sourire aux lèvres. Les gendarmes reconnaissent aussitôt Sid Ahmed Mahmoud Heddi, 30 ans, dit El Kainane (« L’homme qui mord »), l’un des principaux organisateurs de l’Intifada du quartier de Maatallah, à Laayoune, en mai 2005. Condamné à sept ans de prison, il a été libéré au mois d’avril après une grâce royale. Et a aussitôt récidivé en fondant une ONG ouvertement séparatiste. El Kainane est donc retourné en prison, ce qui n’est pas forcément pour lui déplaire et alimentera en pétitions les sites Internet du Polisario, avant que le Corcas ne réclame une nouvelle fois sa libération au roi - qui la lui accordera.

Pour longtemps encore, les « provinces du sud » du Maroc vont devoir vivre avec ces irréductibles qui, à chaque arrestation, prennent un peu plus de galon et d’aura aux yeux d’une partie de la jeunesse sahraouie. Un petit jeu du chat et de la souris qui a le don d’agacer souverainement les Marocains venus du Nord, lesquels constituent désormais les deux tiers de la population de Laayoune. Il y a peu, il a fallu étouffer dans l’œuf les velléités de constitution de milices d’autodéfense et purger la police de quelques éléments particulièrement répressifs. « On marche sur des œufs », confie un responsable, qui espère que le processus de « sahraouisation » des forces de l’ordre permettra d’établir peu à peu un climat de confiance entre une administration plus proche de ses ouailles et des locaux encore traumatisés par les « années Driss Basri ».

Huit cents policiers sahraouis ont ainsi été récemment recrutés, dont cinq cents immédiatement affectés dans le territoire. Un début. Quel rapport entre les irrédentistes de Maatallah et les militants de Justice et bienfaisance ? Aucun, d’autant que les islamistes, qu’ils soient salafistes fidèles du vieux cheikh ou cadres très convenables du PJD, n’ont jamais pu prendre racine au Sahara - question de mentalités. Aucun, si ce n’est un terreau commun : la revendication indépendantiste d’une fraction de la population sahraouie et l’aspiration au « grand soir » des disciples d’Abdessalam Yassine sont le fruit amer, mais inévitable, de l’ouverture démocratique du royaume voulue par Mohammed VI.

Hier, le couvercle de la marmite était hermétiquement clos. Aujourd’hui, il est largement ouvert - ce qui, on en conviendra, est tout de même le meilleur moyen d’éviter l’explosion.


Jeune Afrique

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MessagePosté le: 08/07/2006 17:28:08    Sujet du message: Publicité

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